Des déesses puissantes, un pouvoir réel ?
La mythologie regorge de figures féminines redoutables : Inanna en Mésopotamie, Hécate ou Athéna en Grèce, ou la Morrigane dans les récits irlandais. On pourrait en déduire que ces cultures accordaient une place centrale au féminin. Toutefois, la réalité historique est plus complexe.
L’historienne Nicole Loraux, spécialiste de la Grèce ancienne, a montré dans Les Enfants d’Athéna (1981) que la cité athénienne se racontait une origine exclusivement masculine, le mythe de l’autochtonie, des hommes nés directement de la terre, alors même qu’elle vénérait Athéna comme divinité tutélaire. Le culte d’une déesse puissante n’empêchait donc pas l’exclusion politique et civique des femmes. En ce sens, le mythe honorait un principe féminin abstrait tout en organisant l’effacement concret des citoyennes.
L’anthropologue Françoise Héritier a proposé, dans Masculin/Féminin : la pensée de la différence (1996), un concept intéressant pour comprendre ce paradoxe ; la « valence différentielle des sexes ». En comparant de nombreuses sociétés, elle observe qu’une hiérarchie symbolique favorisant le masculin traverse presque systématiquement les représentations culturelles, y compris celles qui accordent une place importante à des figures féminines divines.







